Conquêtes sociales d’hier

Conquêtes sociales d'hier

Le suffrage universel, la semaine des 40 heures, les congés payés, le salaire minimum garanti… n’auraient peut-être pas vus le jour si les pavés n’avaient pas été foulés, hiver comme été, par des hommes et des femmes mobilisés au sein d’un projet commun, capables de porter, au nom de la collectivité, leurs revendications auprès du patronat et du monde politique. Derrière toutes les grandes conquêtes sociales, on retrouve l’empreinte de mouvements sociaux organisés et mobilisés pour plus d’égalité et de justice sociale.

Quand la société civile s’organise

Les mouvements sociaux se multiplient à partir du 19ème siècle en prenant des formes variées allant des réseaux informels à des formes organisées à travers le mouvement associatif qui interviennent souvent en parallèle et en opposition aux organisations politiques et économiques instituées. C’est manifestement le cas des syndicats, des groupements philosophiques ou des associations ouvrières, féminines, étudiantes, environnementales…

En Belgique, tout comme dans d’autres pays européens, la révolution industrielle du 19ème siècle va susciter de profondes mutations sociales et aura d’importantes conséquences dans les domaines économique, social, culturel, politique,... que nous subissons encore 200 ans plus tard.

La transformation des modes de production et des structures économiques et sociales a été d’une ampleur difficilement imaginable : de nouvelles classes sociales sont apparues (le prolétariat), certaines catégories socio-professionnelles ont perdu de leur importance (les agriculteurs), tandis que les classes moyennes ont pris une importance accrue… Bien au-delà, ce sont toutes les idées, les valeurs, les modèles culturels qui vont être bouleversés. Mais cette mutation des moyens de production apporte son lot de souffrances et d’exploitation : les journées de travail sont longues et particulièrement pénibles, les enfants sont exploités, les faibles salaires ne permettent pas de faire face aux accidents de la vie (vieillesse, chômage, maladie) et l’ouvrier est maintenu dans un statut d’infériorité sociale, politique et juridique. N’ayant pas le droit de voter, il lui est en plus interdit de se coaliser et de faire grève pour défendre ses intérêts.

Les mouvements sociaux, une nouvelle forme de gouvernance

La pensée de Karl Marx va susciter la naissance de syndicats, de coopératives, de caisses de secours,… Les mouvements sociaux s’organisent. C’est la révolte sociale de 1886 qui sera le signal de départ d’une législation sociale. La période de l’entre-deux-guerres entrecoupée par de nombreuses crises économiques verra toutefois la situation des travailleurs s’améliorer. Les syndicats ouvriers dont l’existence est enfin reconnue en 1921 par la loi sur la liberté d’association jouent un rôle essentiel dans l’amélioration des conditions de travail à travers l’obtention de la réduction du temps de travail (8h en 1921), de l’augmentation des salaires, des congés payés (1936),...

Pendant longtemps les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs ont été violents et illégaux comme la grève et les manifestations publiques,… dans la mesure où le travailleur est sans droit dans la société du 19ème siècle et à fortiori durant l’ancien régime. Les formes apaisées telles que la négociation apparaîtront plus tard après la Seconde Guerre mondiale. Les transformations sociétales de la fin du 20ème siècle vont donner naissance à de nouveaux mouvements sociaux, aux finalités plurielles qui se développent désormais dans un contexte altermondialiste et ont une portée internationale. Aujourd’hui, la diversité des actions est telle que presque tous les jours les médias nous apportent les témoignages de nouvelles revendications. Finalement, on s’aperçoit que les mouvements sociaux qui ont mis longtemps à se développer surtout dans leurs formes organisées non spontanées sont devenus aujourd’hui un véritable quatrième pouvoir (après les classiques pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs), un titre qu’ils peuvent facilement partager avec les médias.

Pourtant un bémol doit être apporté à cette affirmation. Dans les pays en voie de développement, la société civile est beaucoup moins présente et les organisations sociales encore assez embryonnaires, en somme une situation comparable à celle qui prévalait chez nous au 19ème siècle, de sorte que les oppositions se trouvent souvent confrontées à un pouvoir officiel brutal, sans concession qui continue à museler la liberté d’expression et de rassemblement ou d’association.

Le combat en faveur des mouvements sociaux est donc loin d’avoir suivi le processus de mondialisation qui a marqué l’économie depuis plusieurs décennies et les divers printemps arabes ou les mouvements des sans terre ont un horizon qui reste partiellement bouché d’ici à ce que leurs efforts aboutissent à des résultats tangibles. Mais on peut compter sur la solidarité internationale des organisations occidentales pour accélérer la prise de conscience des enjeux politiques et aider les mouvements naissants à mieux s’organiser et à structurer. C’est en tous cas la volonté de Solidarité Mondiale qui entend bien mettre ses expériences et ses compétences au service des populations du Sud.
_
Florence Loriaux, Carhop

Télécharger nos affiches de campagne ? C’est par ici que ça se passe !