Agenda 2030 : premier bilan de mise en oeuvre des objectifs de développement durable

Agenda 2030 : premier bilan de mise en oeuvre des objectifs de développement durable

13 juillet 2016

Du 11 au 20 juillet 2016, New York accueille le Forum politique de haut niveau. Cette réunion politique annuelle des Nations Unies a pour mission d’acter les progrès accomplis dans la mise en œuvre du programme international de développement durable, l’Agenda 2030. Pour nous, l’implication de la société civile est essentielle. Tour d’horizon des enjeux.

Souvenez-vous, c’était en septembre 2015. En marge de l’AG des Nations Unies, un sommet international pour le développement durable, et une déclaration politique adoptée à l’unanimité. Il faut attendre mars 2016 pour avoir la liste des 230 indicateurs qui détaillent les 17 objectifs de développement durable inscrits dans la déclaration.

L’agenda 2030 est un accord politique. Afin de s’assurer qu’il ne reste lettre morte, la société civile mettra la pression pour le rendre contraignant. C’est en posant les bonnes questions que nous pourrons intensifier la pression. Comment pouvons-nous lutter contre les inégalités ? A quelles causes profondes pouvons-nous nous attaquer par le biais de ce cadre ? Comment voyons-nous le développement durable inclusif ? Sommes-nous prêts à toucher les relations de pouvoir existantes ? Osons-nous remettre en question les structures et les institutions internationales existantes ? Comment faisons-nous en sorte qu’une politique plus cohérente pour le développement durable émerge ?

L’Agenda 2030 pour le développement durable est donc encore tout frais mais déjà, 22 pays vont présenter leur rapport d’avancement à la tribune des Nations Unies à l’occasion du Forum politique de haut niveau (« High Level Political Forum » ou HLPF en abrégé). On vous explique toute l’importance de ce premier HLPF de l’Agenda 2030.

Quelle est la mission du Forum politique de haut niveau (HLPF) ?

Il convient tout d’abord de rappeler que ce programme de développement durable n’est pas contraignant. L’Agenda 2030 est une déclaration politique qui engage les pays sur base purement volontaire. Ainsi, la volonté des Nations Unies est de créer de l’émulation et de faire du HLPF « LE » rendez-vous politique mondial annuel du développement durable pour encourager l’ensemble des pays, y compris les plus réticents, à embarquer dans l’aventure.

La mission du HLPF est donc de faire le bilan de la mise en œuvre des ODD, mais le mécanisme servira surtout à stimuler les mises en œuvre nationales et les ajustements politiques, y compris par les dialogues intergouvernementaux. Un moment politique clef, donc. Il est d’ailleurs question de le rebaptiser en « Conférence annuelle de révision des ODD » (« Annual SDG review Conference » en anglais) et de l’associer à l’AG des Nations Unies, chaque année en septembre. Le HLPF durera 10 jours, dont 3 jours en présence des ministres du monde entier (Affaires étrangères, Coopération au développement, Environnement, Planification, et même quelques ministres des Finances). Tous les quatre ans, un HLPF supplémentaire sera organisé, réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement. Le premier HLPF de ce type aura lieu en 2019.

Présentation des premiers rapports d’avancement

Pour cette première édition, sachant que les ODD sont tout frais, l’objectif sera le partage d’expérience des gouvernements par rapport à leurs stratégies et leurs politiques de mise en œuvre des ODD. Durant ces 10 jours, 22 pays vont se succéder à la tribune pour présenter leurs premières avancées dans la mise en œuvre des ODD. Parmi ces pays, la Chine, la France, l’Allemagne ou encore l’Ouganda ou la Colombie. Les rapports présentés par ces 22 pays, appelés ‘revues nationales volontaires’ (« National Voluntary Reviews »), ne contiennent pas encore de statistiques et d’indicateurs de progrès mais plutôt des lignes directrices, des arrangements institutionnels pris, l’alignement des priorités et des programmes de travail avec les ODD, ou encore de nouvelles politiques ou programmes qui seront mis en œuvre dans les mois et les années à venir. En parallèle à ces rapports nationaux, un rapport d’avancement des Nations Unies devrait être publié incessamment sous peu, dans la lignée des précédents Rapports mondiaux sur le développement durable.

« Leave No One Behind »

Le principe d’inclusivité inscrit au cœur du nouveau programme international pour le développement durable à l’horizon est l’expression « Leave no one behind » (qui signifie textuellement « ne laisser personne à la traîne »). Principe fondateur de l’Agenda 2030, il est peut-être le principe le plus difficile à honorer, mais il représente l’aspect le plus transformatif de l’Agenda 2030. Il réfère à plusieurs idées fortes, dont le droit au développement pour tous, le principe d’universalité du programme, la lutte contre les inégalités, mais aussi le principe de participation – principe du développement durable inscrit dans la Déclaration de Rio de 1992 [4], qui stipule que les citoyens concernés doivent avoir la possibilité de participer aux processus de prise de décision.

Et la Belgique ?

Contrairement à la Chine, l’Allemagne ou la France, la Belgique a préféré attendre un an et présentera en principe au HLPF de juillet 2017 son rapport d’avancement dans la mise en œuvre des ODD (la revue nationale volontaire). En attendant, elle se prépare. La conférence interministérielle développement durable (CIMDD, qui réunit les neuf ministres belges compétents pour le développement durable) s’est réunie en avril, et a décidé de définir sa stratégie nationale [5] d’ici septembre. Les trois Régions disposaient déjà de leur propre stratégie régionale de développement durable, et le gouvernement fédéral a lui aussi un projet de stratégie fédérale, mais bloqué depuis le début de cette législature.

Par rapport au suivi des indicateurs, un groupe de travail a été mis sur pieds au sein de l’Institut national de statistiques qui fera l’exercice d’identifier les indicateurs existants et manquants, afin de permettre un premier état des lieux de la situation. Un premier rapport a été publié récemment en juin par le Bureau fédéral du Plan, qui présente une première analyse, partielle, de où en est l’Etat fédéral par rapport à la mise en œuvre des ODD [6]. Bien que non-exhaustif, le rapport a le mérite d’apporter une première analyse au tableau certes complexe par le nombre d’objectifs et d’indicateurs, mais également par le nombre d’acteurs institutionnels concernés.

La participation de la société civile sera essentielle

Les Etats sont souverains par rapport à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 qui est purement volontaire. Aussi, il est essentiel que la société civile s’empare de ce dossier, accède aux rapports publiés par les Etats, pose des questions aux élus, interpelle les parlementaires et les ministres. Le suivi de la mise en oeuvre des ODD se passera principalement au niveau national, chaque pays doit donc s’approprier l’Agenda 2030. Une dynamique internationale va se mettre en place par le biais des HLPF, mais ces conférences internationales de suivi ne seront rien sans une réelle implication de la société civile.

Certains pays l’ont déjà bien compris, en témoigne l’Allemagne qui, dans son rapport d’avancement, écrit : «  Il était important pour le gouvernement allemand d’impliquer la société civile et les parties prenantes du secteur privé dans la préparation de ce rapport. C’est pourquoi il a été discuté lors du Forum sur l’Agenda 2030 avec les ONG, les églises, les autorités locales, les communautés académique et scientifique, qui ont eu l’opportunité d’engager des échanges de vue décisifs. Un représentant de la société civile allemande prendra la parole à l’occasion de la présentation du rapport au HLPF à New York. Ceci donne un signal clair que l’Agenda 2030 et sa mise en œuvre en Allemagne est un projet qui implique l’ensemble de la société. » [7]
Gageons que la démarche allemande inspire nos ministres belges du développement durable !

Véronique Rigot, CNCD

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