Brésil : à la rencontre des cueilleurs d’oranges

22 janvier 2016

Oranges amères

Jeudi 21. Réveil à 5 heures pour être à l’heure à notre rendez-vous matinal. Et il est de taille : arriver en même temps que les récolteurs d’oranges sur leur lieu de travail . Après 3/4 d’heure de route déjà baignés par le lever de soleil, nous doublons même un des autobus déglingués, marqués en grandes lettres « RURAIS », qui transportent les travailleurs que nous rencontrerons peut-être ce matin. La fin du trajet est chahutée. Une piste en terre rouge, où notre minibus patine ou nous secoue sèchement au gré des ornières laissées par les dernières pluies. Notre chauffeur Marcos est contraint à l’arrêt face à un tronçon trop délicat à franchir.


Quand le bruit d’un autre moteur se fait entendre, il se poste sur la piste et fait signe quand le bus RURAIS arrive à notre hauteur. Après une courte explication, notre groupe monte à bord. Les rideaux sont tous tirés à moitié et l’on distingue à peine les visages burinés des cueilleurs d’oranges, déjà tous habillés de leur combinaison bleue. L’espace confiné est déjà saturé d’odeurs de transpiration. On profite des derniers km pour leur expliquer la raison de notre présence et Stéphanie a déjà trouvé une candidate pour se prêter à l’exercice du port de la caméra Go-pro, afin de filmer du point de vue du travailleur les différents gestes qu’il pose.

À notre arrivée sur le site, les responsables s’étonnent évidemment de notre visite surprise. Pendant que les premières discussions se déroulent, nous observons les travailleurs qui prennent leur sac pouvant contenir 200 kg d’oranges. Ils le rempliront en moyenne 40 fois sur la journée. Nous voyons aussi notre bus passé sous une douche de désinfection. Les travailleurs y remontent sans nous et partent vers les vergers.

Pendant que Marcio (Marcio Bertolucci, avocat à l’UGT,que Solidarité Mondiale accueilli en février 2015 dans le cadre de la campagne « Pressés comme des oranges ») négocie à l’écart notre entrée avec les responsables de la firme Louis Dreyfus, nous en profitons pour discuter avec Antonio Boava, Président du syndicat des employés ruraux, qui nous avait accompagné pour cette visite-action.Il nous explique les coulisses du secteur. Les visites refusées même à l’inspection du travail, la société préférant payer les amendes. Quand Marcio réapparaît une heure plus tard, on s’en doutait, nous ne sommes pas les bienvenus et notre accès à l’exploitation est refusé sous prétexte d’un problème environnemental. « Vous donnez vraiment une très mauvais image de votre entreprise. Comptez sur nous pour faire passer le message  ! », dira-t-on au responsable présent sur le terrain, qui ne fait qu’appliquer des consignes reçues de plus haut. Des consignes qui auront vite fait le tour des autres implantations liées à la société Dreyfus. En effet, notre programme prévoyait une visite des logements de ces travailleurs dans l’après-midi. Fin de matinée, de retour au syndicat, Marcio nous apprend que le rendez-vous est subitement annulé.

Sujet à suivre dans un prochain article