Brésil : ne baissons pas la garde !

7 mars 2014

Quand le Brésil fut désigné comme futur siège de la Coupe du Monde en 2014 et des Jeux Olympiques en 2016, la population a accueilli cette nouvelle avec applaudissements et enthousiasme ; le sport en général et le football en particulier faisant parties de la culture brésilienne. Aussi, il s’agit là d’une reconnaissance du rôle grandissant du Brésil dans le contexte politique et économique international. Rapidement, il a été nécessaire d’entreprendre des travaux pour l’augmentation et l’amélioration des infrastructures : notamment aéroports, routes et métro, stades et réseau hôtelier. Mais derrière cet enthousiasme, une autre face de l’édifice reste encore dans l’ombre.

Les constructions entraîneront la relocalisation de près de 170.000 personnes jusqu’en 2016. Le budget total prévu est colossal, près de 19 milliards d’euros (de nombreux chiffres divergents circulent…), majoritairement financé sur fonds publics, mais au bénéfice de grosses entreprises de génie civil, de construction, d’équipements urbains. Ceci sans compter les retombées économiques pour de nombreuses multinationales (équipementiers sportifs, droits télévisuels, publicité, événementiel, sécurité, etc.). Au niveau social, des contrats de travail temporaires au rabais et illégaux sont fréquemment proposés tandis que la sécurité sur les chantiers est posée, depuis le décès de plusieurs ouvriers.

Suite à cette situation, des mouvements spontanés principalement composés de jeunes, descendent dans les rues en juin 2013. Les réclamations initiales contre l’augmentation du prix du transport urbain s’élargissent peu à peu pour reprendre les drapeaux de luttes historiques au Brésil : contre la corruption, la concentration de la richesse, la canalisation d’argent public au profit de certains groupes économiques, le respect des lois du pays. Des surfacturations de travaux sont fréquentes et s’ajoutent au sentiment d’indignation de la population suite au manque d’investissement dans les services publics : absence de logements dignes, manque d’hôpitaux et d’éducation publique de qualité.

Aussi, la perspective d’élections présidentielles en 2014 augmente d’autant plus l’impatience du gouvernement d’investir, avec de l’autre côté l’opposition politique qui en profite pour tenter de déstabiliser le gouvernement de Dilma Roussef.

Quand la colère gronde

Les mouvements sociaux organisés prennent part également à diverses actions, souvent en synergie : ils réclament la transparence des investissements, le respect de la législation du pays, le respect des droits des communautés relocalisées, le maintien des politiques sociales, une campagne et des grèves dans différents États pour exiger l’application des principes du Travail Digne, des actions auprès des Ministère du Sport et des Autorités Olympiques. Ensemble avec d’autres Centrales syndicales brésiliennes, notre partenaire UGT a participé à la création de la « Table Nationale Permanente pour l’amélioration des conditions de travail dans l’industrie de la construction ». Le syndicat des athlètes professionnels affilié à l’UGT a réalisé une étude sur les effets de la température sur la santé des athlètes, obligeant ainsi la FIFA à prévoir des temps de repos additionnels dans le calendrier des matches qui se dérouleront dans les régions chaudes du pays.

Derrière cette Coupe du Monde et les Jeux Olympiques se cachent des intérêts considérables qui ont éveillé l’appétit de pouvoirs économiques privés très puissants. Ces intérêts sont symptomatiques du système capitaliste qui exerce de fortes pressions pour augmenter les bénéfices au détriment des conditions de travail et de vie de la population.

Les mouvements sociaux brésiliens sont des acteurs incontournables de changement. Ils font réfléchir, proposent, visent la transformation de la société. Comment répondre au modèle économique globalisé, à une société chaque fois plus complexe, des travailleurs avec ou sans contrat, une migration interne des travailleurs dans un pays qualifié « d’émergent », grand comme 280 fois la Belgique ? De fait, de nombreux mouvements sociaux, dont des syndicats, s’orientent chaque fois plus vers une lutte « citoyenne », en faveur des droits économiques, sociaux, politiques. Le Brésil, avec ses contrastes de richesse et de pauvreté, reste un défi pour la solidarité et la protection sociale. Les mouvements sociaux brésiliens ont déjà fait du chemin en ce sens. La route est toujours en construction.