Conférence OIT 2016 : les pratiques des multinationales dans le viseur

Conférence OIT 2016 : les pratiques des multinationales dans le viseur

31 mai 2016

La 105ème session de la Conférence internationale du Travail vient de commencer à l’OIT à Genève et se déroulera jusqu’au 10 juin 2016. Des représentants de Solidarité Mondiale et de nos partenaires accompagnent la délégation CSC sur place. Au programme des discussions cette année : comment renforcer le rôle de l’OIT à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales et assurer que les multinationales assument leurs responsabilités dans celles-ci ?

L’essentiel du travail est réalisé au sein de quatre commissions. On y discute des chaînes d’approvisionnement internationales, d’une mondialisation plus juste, de la reconstruction économique et des réfugiés. Elles examinent également les violations des normes internationales du travail. La conférence se tient du 30 mai au 10 juin. ( © photo ILO)

Les chaînes d’approvisionnement mondiales sur la sellette ?

Trois ans après l’effroyable effondrement de l’usine de Rana Plaza (Bangladesh, 24 avril 2013) et après de nombreuses manœuvres d’évitement, il est prévu d’organiser une discussion générale sur le renforcement du rôle de l’OIT à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales. C’est ce dossier qui focalisera principalement l’attention au cours de cette conférence.

Nous connaissons tous et toutes les défis de la chaîne d’approvisionnement : les travailleuses dans le secteur du textile qui touchent des salaires de misère ou perdent leur emploi quand elles sont enceintes ; les travailleurs/euses dans les zones franches qui ne peuvent pas s’organiser en syndicats ; les creuseurs dans les exploitations minières sans contrat, sans protection sociale et sans équipement de travail.

Ensemble avec Bart Vannetelbosch (Centrale Alimentation et Services) et plusieurs de nos partenaires, Bart Verstraeten, notre secrétaire politique, ainsi que Sara Ceustermans, coordinatrice de Vêtements Propres en Flandre, vont assister à la Commission qui est chargée d’examiner comment assurer le travail décent dans les chaînes mondiales d’approvisionnement.

Declaration seminaire jakarta chaines approvisionnement avril 2016

Ils ont eu l’opportunité de bien se préparer avec nos partenaires dans le cadre d’un séminaire international organisé à Jakarta fin avril, ensemble avec KSBSI (confédération syndicale indonésienne) et la CSI. A la fin de ce séminaire, les partenaires ont adopté un document final qui comprend l’essentiel de nos revendications pour cette discussion générale. Avec une super délégation de représentants de la CSC, de la JOC internationale, de la Clean Clothes Campaign (CCC), de KSBSI Indonesie et du syndicat CLTM Mauritanie, nous pourrons certainement peser sur les discussions. En outre, d’autres collègues qui étaient à Jakarta les rejoindront dans les jours qui viennent.

Autres sujets discutés à la conférence :
De la guerre à la paix, de la fuite à la sécurité : les migrations au programme

La recommandation n°71 de l’OIT porte sur l’emploi lors de la phase de transition entre une période de guerre et de paix. Elle comporte des directives relatives à la reconstruction économique et au redressement de l’emploi, ainsi qu’à la migration. Les tsunamis de 2004 et du Japon par la suite ont suscité un nouveau débat sur le rôle de l’OIT par rapport à d’autres types de catastrophes, avec un autre type de réfugiés, notamment les réfugiés climatiques. Voilà pourquoi est née l’idée d’une révision de la recommandation n°71. Dans l’intervalle, les crises migratoires se sont multipliées, ce qui souligne encore la nécessité de cette révision.
La révision d’une recommandation fera l’objet d’une première lecture cette année.

Globalisation et justice sociale

Avec l’apparition de nouveaux pays émergents et la globalisation après la chute du mur de Berlin, la question de la dimension sociale de la globalisation s’est posée avec de plus en plus d’intensité. C’est dans ce cadre que l’OIT a adopté la Déclaration sur la justice sociale lors de la Conférence de juin 2008. La Conférence a alors pris l’habitude d’organiser chaque année une commission spécifique chargée d’examiner un des objectifs stratégiques : l’emploi, la protection sociale, les normes de travail fondamentales et le dialogue social. C’est ce que l’on appelle dans le jargon technique la “discussion sur la question récurrente”. Elle a pour but de dresser le bilan huit ans après l’adoption de la déclaration sur la justice sociale, afin de définir éventuellement de nouvelles orientations.

Commission de l’application des normes

Hormis quelques comités techniques, la Conférence n’a qu’une seule commission permanente : celle de l’application des normes, sorte de tribunal international qui condamne les violations des normes internationales du travail. En 2012, cette Commission a traversé une grave crise provoquée par les employeurs : contre toute attente, ils contestaient le rôle de l’OIT en tant que garante internationale du droit de grève des travailleurs.

Cette crise a finalement pu être enrayée après un important travail de lobbying, de sorte que, l’an dernier, la Commission s’est réunie dans un climat apaisé. Nous espérons que cette tendance se poursuivra cette année. Vingt-quatre pays seront à nouveau sur la sellette en raison de graves violations des droits des travailleurs. Cette Commission débutera cependant ses travaux par une discussion générale sur l’application des conventions de l’OIT relatives aux droits des migrants (Conventions n°97 et n°143). Marc Leemans, Président de la CSC, sera à nouveau le porte-parole du groupe mondial des travailleurs au sein de cette Commission.

Enfin, lors de la réunion préparatoire, Luc Cortebeeck, président d’honneur de la CSC et ancien président de Solidarité Mondiale (WSM), a une nouvelle fois été élu porte-parole général des travailleurs pour l’ensemble de la Conférence.

Bon travail à tous nos représentants sur place !

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