Du haut de ses 100 ans, l'OIT prépare l'avenir

Du haut de ses 100 ans, l’OIT prépare l’avenir

21 janvier 2019

Genève, 21 janvier 2019

C’est aujourd’hui qu’avait lieu le lancement officiel de la fête du centenaire de l’Organisation internationale du Travail (OIT), avec la présentation du rapport final de la ‘Global Commission on the Future of Work’. Comme son nom l’indique, cette Commission mondiale s’est penchée sur l’avenir du travail. En tant que Président du Conseil d’Administration de l’OIT, Luc Cortebeeck siégeait aussi dans cette Commission.


En effet, l’OIT saisit l’occasion de son 100ème anniversaire pour faire deux choses :

  • D’une part, elle propose de passer en revue son riche passé, en tant qu’unique organisation tripartite dans le système onusien, où les Etats, les syndicats et les employeurs définissent ensemble les balises des politiques sociales dans le monde.
  • D’autre part, elle souhaite se tourner vers l’avenir : quels sont les enjeux en présence dans le monde du travail et comment l’OIT peut-elle les appréhender ?

C’est cette question cruciale qui a principalement occupé la Commission mondiale depuis octobre 2017. Son analyse et ses recommandations sont reprises dans son rapport final : ’Travailler pour bâtir un avenir meilleur’

En butte à une série de transitions profondes

Le monde change ; au-delà des clichés, c’est une réalité. Et de plus en plus de gens en éprouvent les conséquences et sont désarmés pour y faire face. A commencer par le travail décent et la protection sociale, dont la distribution est particulièrement inégalitaire :

  • La grande majorité de la population active, soit 2 milliards de personnes, doit (sur)vivre de l’économie informelle. Tandis que 36% des travailleurs/euses consacrent plus de 48 heures par semaine à leur travail, une part croissante de la population n’a que trop peu ou pas du tout accès à un emploi.
  • La Protection sociale universelle est toujours un rêve inaccessible pour 71% de la population mondiale qui bénéficie d’une couverture insuffisante, voire inexistante.

Ces inégalités ont été aggravées et renforcées sous l’effet de plusieurs transitions :

  • Les limites de la planète sont atteintes ; les populations sont de plus en plus souvent et de plus en plus fortement confrontées aux effets du changement climatique et ne sont pas en mesure d’y faire face.
  • Les évolutions démographiques indiquent que nous sommes d’une part à l’aube d’une énorme vague de vieillissement de la population partout dans le monde, tandis que dans certaines parties du monde, un groupe massif de jeunes arrive sur le marché du travail.
  • La digitalisation et la robotisation impliquent beaucoup de risques, si elles ne sont pas encadrées par une réglementation claire. Les plateformes numériques et les Apps telles qu’Uber et bien d’autres, deviennent de véritables employeurs virtuels et exercent une pression en faveur d’une flexibilisation toujours plus grande de nos conditions de travail.


Un agenda d’investissement tourné vers l’humain

Les recommandations de la Commission partent de la prémisse que le contrat social, tel qu’il est formulé dans la Constitution de l’OIT, doit être relancé. ‘Pas de paix durable sans justice sociale’, écrivaient les fondateurs de l’OIT en 1919. Cette affirmation est plus que jamais d’actualité. Pour dynamiser et renforcer ce contrat social, l’humain doit être replacé au centre. La Commission propose dès lors des investissements autour de 3 grands domaines, nous en tirons quelques points d’attention essentiels.

  • -1. Investir dans les gens et leurs compétences. La Commission propose d’œuvrer pour une véritable redistribution des tâches de soin non rémunérées dans le ménage ; de cette manière, on peut faire en sorte que les femmes bénéficient des mêmes opportunités sur le marché du travail et donc agir pour l’égalité de genre. La Commission souligne également l’importance de développer des systèmes de protection sociale universelle, qui protègent effectivement les gens, de leur naissance à leurs vieux jours.
  • -2. Investir dans les instances du travail, qui ne sont actuellement pas assez inclusives car beaucoup de travailleurs/euses ne sont pas représenté(e)s par ces instances. Tant les organisations de travailleurs que les syndicats sont appelés à se préoccuper de la masse des employeurs et des travailleurs (m/f) qui relèvent de l’économie informelle. Les syndicats peuvent pour cela conclure des alliances avec d’autres organisations de la société civile. Mais s’organiser au sein de l’économie informelle reste aussi un immense défi à relever. La précarisation croissante et l’émergence des plateformes numériques a pour effet qu’un large pan des travailleurs (m/f) n’a pas accès aux droits du travail. La Commission propose à ce titre de développer une ‘garantie de travail universelle pour les travailleurs’. A l’instar du ‘socle de protection sociale’, cette garantie de travail est constituée d’un certain nombre de droits du travail de base attribués à tout un chacun, quel que soit le statut. Il s’agit donc bien entendu de la liberté d’association, du droit à des négociations collectives, de l’interdiction du travail forcé et du travail des enfants, mais aussi du droit à un salaire vital décent, d’une limitation du nombre d’heures de travail et de la sécurité et la santé au travail.
  • -3. Investir dans un travail décent et durable, notamment dans les secteurs à haut potentiel. Dans l’économie des soins, et donc également dans les services publics (pensez aux crèches, à la prise en charge des personnes âgées, des personnes porteuses d’un handicap, etc.), pas moins de 475 millions d’emplois pourraient être créés d’ici 2030. L’effet de cette explosion sur l’égalité de genre serait énorme. Beaucoup d’opportunités se présentent également dans l’économie verte, dans le développement et la mise en place d’une production d’énergie durable, dans les techniques agricoles, les techniques de construction, etc. L’économie rurale a besoin d’une revalorisation de l’agriculture locale, où les droits de propriété des petits agriculteurs sont respectés, leur accès au marché est facilité et où ils peuvent compter sur un appui en ce qui concerne leurs techniques agricoles. Enfin, il est nécessaire d’investir massivement dans des infrastructures, tant physiques (routes, écoles, hôpitaux, centres de formation, etc.) que sociales et numériques.

La Commission est consciente du fait que les investissements nécessitent de disposer de moyens. Ça ne fait pas de doute, mais ces moyens sont à portée de main. Il nous faut juste vouloir les exploiter. Cela exige du courage pour redessiner en profondeur notre politique fiscale et contrer efficacement l’évasion et la fraude fiscale. Le rapport publié tout récemment par Oxfam International sur les inégalités démontre, chiffres à l’appui, qu’il n’y avait encore jamais eu autant de milliardaires dans le monde (les 26 personnes les plus riches du monde possèdent autant que les 3,8 milliards de personnes les plus pauvres). Entre temps, les bases imposables des entreprises continuent de diminuer et les fortunes sont dissimulées dans des paradis fiscaux. Cela représente pas moins de 170 milliards de dollars de manque à gagner chaque année !


S’unir pour être plus forts

Voulons-nous investir dans l’humain et le placer au centre de tous nos choix politiques ? Pour Solidarité Mondiale-WSM, nos partenaires dans le Mouvement ouvrier chrétien et nos partenaires au sein du Réseau thématique sur le droit à la protection sociale, la réponse ne fait pas de doute : Bien sûr que oui ! A partir de notre expérience, notre connaissance et notre expertise, nous pouvons certainement contribuer aux discussions qui vont être lancées dans les pays membres de l’OIT.

En tant que mouvements sociaux et membres de la société civile, nous allons, plus que jamais, devoir défendre notre place à la table des discussions. Car notre rôle est d’y faire entendre la voix de ceux qui en sont encore exclus.

Rejoignez-vous à l’une des multiples activités que nous avons planifiées durant cette ‘année d’inspiration’ sur le thème de "L’avenir du Travail". Car c’est avec vous, nos partenaires en Belgique et dans les continents, que nous voulons réfléchir à l’avenir du travail et à celui de la protection sociale. Nous nous remettrons volontiers en question, pour apprendre les uns des autres et collecter de nouvelles idées. De manière à faire entendre notre voix avec encore plus de force.

Nous comptons sur vous !

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