Golfe persique, un mirage pour de nombreux travailleurs migrants

Golfe persique, un mirage pour de nombreux travailleurs migrants

5 mars 2015

Chaque année, des milliers de jeunes femmes et hommes d’Asie du Sud et du Sud-Est quittent leur famille pour chercher un travail dans les pays du golfe Persique . La promesse d’un salaire décent qui leur permettra de poursuivre le bonheur dans la vie – se marier, acheter une maison, faire étudier ses enfants – est attrayante, pour échapper au chômage et aux conditions de travail précaires dans leur pays d’origine. Une fois sur place, le rêve doit souvent s’incliner devant des employeurs peu scrupuleux… C’est l’histoire de Nuraini d’Indonésie et celle de Gokul du Népal.

Les opportunités sont nombreuses : des agences de recrutement, parfois peu scrupuleuses, cherchent activement ces jeunes filles et garçons à la recherche d’un emploi. Mais avant même de partir, la plupart sont déjà endettés, les agences exigeant d’eux des primes de recrutement qui atteignent souvent des montants de cinq à six mois de salaire. Et une fois sur place, le rêve doit souvent s’incliner devant des employeurs peu scrupuleux…

L’enfer des travailleurs domestiques

En 2003, Nuraini, jeune femme indonésienne de vingt-quatre ans, décide de partir au Koweït pour travailler comme travailleuse domestique dans une famille, attirée par les promesses d’un bon salaire d’une agence de recrutement. Après six mois chez son premier employeur, sa famille perd tout contact avec elle… cela durera près de dix ans !

Entretemps, Nuraini vit selon le bon vouloir de ses employeurs successifs. Salaires et passeport confisqués, privation de liberté, et même torture physique et psychologique chez son troisième employeur, c’est tout ce qu’elle gagnera pendant ces dix ans passés au Koweït. En septembre 2013, c’est la police qui met fin à son supplice et la renvoie vers l’Indonésie.

La confédération syndicale indonésienne, KSBSI, et le syndicat des travailleurs migrants SBMI, tous les deux partenaires de Solidarité Mondiale, ont déposé une plainte formelle auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT) à l’encontre du gouvernement indonésien et de celui du Koweit. Ces deux états se sont montrés incapables de protéger Nuraini, contrairement à ce qui est garanti dans deux conventions internationales de l’OIT sur le travail forcé. Objectif : obtenir réparation pour les dix années de salaire non-perçu et les traitements médicaux nécessaires pour soigner les dégâts physiques et psychologiques de dix ans de mauvais traitements. KSBSI et SBMI ont prié le gouvernement d’empêcher le départ de travailleurs migrants vers des états où sévit le système de parrainage ‘Kafala’, qui prend au piège nombre de personnes dans des situations de violence, comme Nuraini. Elles doivent en effet obligatoirement recevoir le consentement de leur employeur si elles veulent changer d’emploi avant la fin de leur contrat … Un système aux pratiques proches de l’esclavage !

Qatar : destination amère pour les travailleurs de la construction

Gokul est peintre en construction. Il a quarante-six ans quand il décide de quitter le Népal pour trouver du travail au Qatar pour gagner un meilleur salaire et pouvoir s’occuper des cinq membres de sa famille. Mais dans la marbrerie où il décroche un travail là-bas, malgré un contrat signé en bonne et due forme, toucher le salaire promis s’avère plus compliqué que prévu : retard de paiement, salaires plus bas que convenu dans son contrat… Avec trois cents autres travailleurs, ils se mettent en grève et doivent même aller en justice pour obtenir leurs salaires, soutenus par une organisation spécialisée en droits humains.

La mauvaise expérience de Gokul n’est pas une exception. Chaque année, des milliers de travailleurs népalais et indiens partent au Qatar pour travailler dans le secteur de la construction. Le Qatar organisera la Coupe du Monde de football en 2022 et par conséquent, a besoin de suffisamment de main-d’œuvre pour la construction des stades et d’infrastructures afin d’accueillir les joueurs et le public. Les partenaires de Solidarité Mondiale en Inde et au Népal ont décidé de soutenir des travailleurs migrants du Qatar, avant et après leur retour. Pour leur faire prendre conscience de leurs droits, et les aider à les faire valoir auprès des autorités…

Gokul en témoigne : « Nous sommes fiers de nous être soulevés contre l’injustice qui nous était faite ! Si j’ai eu le courage de me battre, c’est grâce à GEFONT , mon syndicat quand je travaillais au Népal. Je suis revenu à la maison en 2011, après avoir récupéré mes quatre mois de salaires manquants. Je travaille de nouveau comme peintre en construction : c’est plus agréable pour moi que de travailler au Qatar. Chaque soir, je retrouve ma famille après le travail… Et ça, ça vaut plus que tout l’or du monde. »

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