Il y a 2 ans, la terre tremblait...

Il y a 2 ans, la terre tremblait...

2 février 2012

Le mardi 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7 a dévasté l’île d’Haïti et a provoqué plus de 230 000 morts. La reconstruction du pays en est malheureusement encore à ce jour à ses premiers balbutiements. Mais dans cette atmosphère encore post-apocalyptique, les partenaires de Solidarité Mondiale parviennent malgré tout à avancer dans leur programme de reconstruction.

A ce jour, nous en sommes à mi-chemin du programme de reconstruction décidé ensemble avec nos partenaires il y a 2 ans. Ellen Verryt et Leen Van de Wiele, chargées de la gestion des programmes en Amérique latine pour Solidarité Mondiale, se sont rendues sur place au mois de décembre.

Elles ont pu se rendre compte de l’avancée des différents projets mis en place et ont posé les balises nécessaires pour préparer la suite du programme. Voici les échos qu’elles ont pu ramener des évolutions sur le terrain et les énormes défis que le pays doit encore relever.

La situation générale sur place

Sur les 8 millions d’habitants de l’île d’Haïti, près de 500 000 personnes vivent encore à ce jour dans des camps de fortune. On estime que 100 000 d’entre eux y seront toujours dans 10 ans. Et la majorité de ceux qui en sont sortis est retournée vivrez dans des bâtiments détruits, malgré les risques de sécurité évidents. D’autres se sont déplacés dans les zones rurales, mais celles-ci restent très pauvres et n’ont pas de capacités d’accueil suffisantes, notamment en termes de ressources alimentaires, ce qui pourrait mener à une nouvelle situation sociale explosive.

Après une longue impasse politique, le nouveau premier ministre a enfin été nommé. Ce déblocage était absolument nécessaire : il permet aux différents ministères d’être enfin opérationnels. Malheureusement, le mandat de la Commission pour la Reconstruction d’Haïti (CRH) n’a pas été renouvelé et il n’existe donc plus aucun organe officiel de coordination de l’aide. Les organisations de la société civile se plaignent aussi de ne plus être invitées à ses réunions et que les réunions ne s’y déroulent pas en la langue locale, le créole. L’incertitude politique freine les dons bilatéraux promis depuis des mois, par l’Union Européenne notamment, et empêche le pays de se relever.

Notre programme de reconstruction avec le MOSCTHA, la JOC et la CTH

Dans cette atmosphère générale chaotique, les partenaires de Solidarité Mondiale sur place font un travail impressionnant. Le centre de formation de la CTH, notre partenaire syndical, après avoir au départ servi d’abri pour près de 300 personnes, est aujourd’hui le nouveau siège de la CTH et de la JOC.

Le MOSCTHA, quant à lui, a son propre bureau en dehors de la capitale et a pris la coordination du programme à sa charge.

Le programme de reconstruction qu’ils mènent a été décidé par eux, dans le respect, la transparence et le souci des responsabilités. Chaque organisation que nous soutenons sur place s’y implique dans son propre domaine d’action et dans les limites de ses capacités. Pour Solidarité Mondiale, c’est une nécessité et une leçon tirée de ses expériences passées dans la gestion d’un programme de reconstruction, comme celui mené après le tsunami en 2004 en Indonésie, en Inde et au Sri Lanka.

Les fonds récoltés par Solidarité Mondiale pour ce programme avoisinent les 800 000 euros. Il a été soutenu par un formidable mouvement de dons venant tant de personnes individuelles que d’organisations du MOC. Près de 549 organisations ont au total contribué !

Trois grands thèmes de travail sont au cœur de notre programme de reconstruction :

  • Soins de santé de première ligne

Via le MOSCTHA, ses cliniques mobiles et deux nouveaux postes de santé, le focus a été mis sur des soins de santé proches des gens et abordables. Une équipe de 17 personnes est répartie sur 5 zones de travail, recouvrant notamment certains camps. Au-delà des soins, l’équipe fait aussi un travail de prévention et de gestion des épidémies, comme le choléra. Au total, 65 promoteurs de santé ont été formés. Les membres de la CTH peuvent bénéficier des soins prodigués par le MOSCTHA.

  • Promotion du travail décent

La CTH s’investit dans la formation, dans une cuisine sociale et dans un centre de communication. La cuisine sociale du centre de formation bénéficie maintenant de panneaux solaires qui procurent de l’électricité constante au bâtiment, un grand luxe en Haïti.

La JOC travaille avec les jeunes du secteur informel. La JOC s’investit notamment dans une mine de sel à Jean Ravel, afin de mettre les jeunes au travail, dans des conditions décentes. Un dépôt de sel a été construit, les équipements nécessaires achetés et une cuisine solidaire mise sur pied. La JOC en Haïti est l’une des plus fortes en Amérique Latine, avec plus de 600 jeunes actifs en son sein pour de meilleures conditions de vie et de travail.

  • Reconstruction de l’Etat de droit

Le contexte social est extrêmement dur en Haïti : seules 100 000 personnes travaillent sous contrat dans le secteur formel. Tous les autres, dont une majorité dans les zones rurales comme petits paysans, sont dans l’économie de la survie. L’agriculture paysanne en Haïti, c’est la base. La CTH a en son sein une grande représentation de groupes de paysans très organisés, avec de bonnes analyses.

Nos partenaires sur place s’investissent pour créer une commission mixte, reprenant différents acteurs de terrain, y compris des représentants de République Dominicaine. Nos partenaires réclament ensemble une nouvelle loi sur la protection sociale.

Au-delà de la reconstruction de l’Etat de droit en Haïti, il a fallu s’atteler aussi à la reconstruction tant des infrastructures que des institutions de nos organisations partenaires. Le siège de la JOC, qui a été complètement détruit pendant le tremblement de terre, est en train d’être reconstruit. Solidarité Mondiale pousse aussi les synergies entre ses partenaires.

A ce titre, le MOSCTHA est un parfait exemple de coopération Sud-Sud : l’organisation en République Dominicaine est en lien étroit avec son équivalent haïtien… Pour le moment, il est plus intéressant de vivre dans un ‘bateye’ en République Dominicaine qu’en Haïti !

Une transition difficile entre urgence et reconstruction

La plate-forme CNCD et son équivalent flamand, 11.11.11., ont interpellé le consortium 12.12 afin qu’une partie de l’aide récoltée aille aussi à des organisations locales pour la reconstruction, par le biais des 18 organisations en Belgique qui investissent dans le développement d’Haïti. Parce qu’au-delà de l’aide d’urgence immédiate et nécessaire, le pays a aussi besoin de se reconstruire, et cela se fera grâce à la société civile sur place. La transition entre la phase d’urgence et la reconstruction doit se faire de façon harmonieuse, ce qui n’est pas le cas actuellement en Haïti.

Ellen mentionne à ce titre l’exemple d’une grande organisation internationale qui a distribué de l’eau pendant 6 mois dans les camps, puis s’en est allée, sans avoir pu assurer que la population locale dispose de ressources d’eau potable à long terme. De plus, à cause du départ des grandes organisations après la phase d’urgence, les risques de sécurité ont augmenté dans les camps, surtout pour les femmes. Beaucoup d’hommes sont livrés à eux-mêmes pendant la journée, sans perspectives d’avenir. La CTH a mis en place un système de surveillance dans les camps où vivent ses propres membres, afin de protéger les femmes de la violence.

Cela dit, la violence est très contenue, comparativement au Honduras ou au Guatemala. Avec l’ « occupation » et la présence de nombreux expatriés, chaque signe de violence entraîne automatiquement une augmentation des prix alimentaires, qui elle-même provoque un grand mécontentement de la population. Une forme de contrôle réfrène donc les ardeurs de certains…

Les défis sont donc encore lourds dans ce pays marqué par la catastrophe, par l’incertitude politique et par la dépendance internationale.

Diaporama

Ce qui se passe dans ce pays

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