« L’agriculture familiale doit produire la vie, pas la mort »

24 janvier 2016

Ce jeudi, nous avons été plongés au cœur de l’agriculture rurale du département de Sao Paulo.


Tout d’abord, lors d’un échange émouvant avec Otavio Brito Lopes, procureur général du travail au ministère public du travail de Bauru, nous avons été informés des missions du ministère, consistant à vérifier si la loi relative au travail est bien respectée par le patronat, notamment dans le secteur agricole. Nous avons pu mesurer la difficulté pour les inspecteurs du ministère de faire leur travail sur le terrain. L’accès aux exploitations agricoles est souvent difficile voire interdit par les propriétaires qui abusent très régulièrement des droits des travailleurs. De plus, l’inspecteur du ministère du travail nous a informé sur la difficulté de contrôler les conditions de travail dans les vergers d’orangers ou encore au sein des champs à canne à sucre. En collaboration avec les syndicats, il tente des procédures judiciaires et condamne les multinationales par des amendes. L’État soutient faiblement le ministère du travail car le budget qui lui est octroyé est très minime (0,08%). C’est pour ces raisons qu’Otavio insiste sur la nécessité de collaborer avec les syndicats.

Ensuite nous avons pu échanger avec des responsables de syndicats issus de l’agriculture rurale. Ces derniers luttent pour la mise en œuvre d’une réforme agraire permettant de faire face à l’accaparement des terres et mettre en œuvre une réelle redistribution des terres aux petits paysans qui ont souvent été expulsés des leurs. L’État brésilien, propriétaire d’une partie des terres, en tire profit en les vendant aux multinationales. Des multinationales comme Monsanto collaborent avec l’État pour s’accaparer la terre et expulser les paysans.

Certains paysans occupent une terre de manière collective, mettant en évidence que « la terre appartient à ceux qui la cultivent », et non pas aux spéculateurs. Ils réussissent, par ces occupations, à subvenir aux besoins de leurs familles. L’endroit où nous nous sommes rendus était un «  assentamiento », c’est-à-dire une occupation des terres, le plus souvent inoccupées ou inexploitées par leur propriétaire (état ou privés), occupation qui a été reconnue par l’état. Par ce statut, l’état reconnaît aux paysans le droit de l’occuper et de l’exploiter, sans la détenir de manière définitive. Leur avenir est donc incertain, un changement politique pouvant à tout moment en interdire l’occupation.

Lors de notre visite, nous avons eu l’opportunité de rencontrer plusieurs agriculteurs. Nous avons ainsi discuté avec Pedro, un agriculteur allemand dont les parents ont migré au Brésil (dans le sud de cet immense pays, où vivent beaucoup d’immigrés allemands). Nous l’avons accompagné dans son lopin de terre où il nous a montré ses ruches et tout le processus de récolte du miel. Nous avons également discuté avec Anna, qui nous a montré sa parcelle de culture vivrière et toute la difficulté qu’ont les agriculteurs à vivre de leur production par manque de soutien financier de la part de l’État. Par ailleurs, elle nous a expliqué le dilemme dans lequel ils se trouvaient : une production trop faible rapporte peu et une production trop importante ne trouve pas d’acquéreur.

Étant donné les nombreux obstacles imposés tant par l’état que par les multinationales afin de continuer à maximiser le profit en exploitant les travailleurs, certains paysans perdent espoir et ne croient plus en la possibilité d’une réelle réforme agraire. Certains délaissent définitivement la campagne pour migrer en ville, où des conditions de grande précarité les attendent (pauvreté, drogue, prostitution).
C’est pourquoi, notre rôle en tant que délégation belge du MOC et des organisations est primordial pour soutenir nos partenaires dans leur lutte pour défendre les droits des travailleurs brésiliens. Solidarité Mondiale a déjà construit une campagne de sensibilisation par rapport à la problématique de l’exploitation humaine dans le secteur des oranges en 2014 et 2015.

Le fait d’avoir pu concrétiser cette campagne sur le terrain ne fait que de renforcer notre combat en faveur d’une justice sociale pour les travailleurs du Sud. En effet, nous ne sommes pas prêts de nous arrêter en si bon chemin pour soutenir, « coûte que coûte », nos amis brésiliens...

L’équipe de nuit : Antoinette, Elodie, Stéphanie et Zoé