La protection sociale refait surface à l'agenda international

La protection sociale refait surface à l’agenda international

25 janvier 2017

Contraste. En période de restrictions budgétaires, alors que la protection sociale est sous pression en Europe, dans de nombreux pays du Sud l’heure est plutôt au renforcement ou à l’élargissement des systèmes de protection sociale pour l’ensemble de leur population. Dans le même temps, on constate un retour d’intérêt pour la protection sociale dans le champ de la coopération internationale, après des décennies d’absence.


L’Agenda 2030 pour le Développement durable mentionne ainsi la protection sociale à cinq reprises, ce qui constitue un changement net par rapport aux Objectifs du millénaire pour le Développement. La protection sociale a trop longtemps été considérée comme un projet réalisable uniquement dans les pays industrialisés. Nous avons pourtant pu estimer qu’environ 12 à 13% du RNB des pays en développement serait suffisant pour assurer une protection sociale minimale. Et cela pour autant que les bons choix politiques soient faits.

Entre temps, les organisations internationales et les bailleurs de fonds ont continué à investir de plus en plus dans le renforcement des systèmes de protection sociale des pays partenaires. Paradoxe des temps modernes : reculs d’un côté, et avancées de l’autre.

Un stabilisateur économique

La garantie de revenus que permet la protection sociale constitue sans nul doute un facteur de stabilisation en temps de crise. Les systèmes de pension, d’assurance maladie ou emploi permettent également en période économique moins difficile de maintenir le pouvoir d’achat d’une majorité de la population, et de continuer de stimuler ainsi l’économie. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT) il y a une corrélation entre les dépenses sociales réalisées par habitant et la productivité mesurée en termes de RNB par heure de travail. Dans son ouvrage « Poor Economics », Esther Duflo démontre également que la protection sociale contribue à la prise d’initiative par les personnes. La garantie de revenus permet une plus grande confiance pour essayer de nouvelles choses. Investir dans la protection sociale n’est dès lors, au même titre que l’investissement pour une économie saine, pas un poids budgétaire mais un moteur puissant de développement.

Mais pas uniquement

Les effets positifs sur l’économie sont loin d’être l’essentiel de l’enjeu. Au fil des années depuis la sortie de la seconde guerre mondiale, la protection sociale a été considérée comme un droit humain universel. Sans les mécanismes de garantie des revenus en période d’incapacité de travail, ainsi que de l’accès aux services de bases tels que la santé et l’éducation, la pauvreté en Belgique concernerait 42% de la population. L’absence de systèmes de protection sociale adéquate dans les pays en développement conduit à la stagnation des progrès en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités. La protection sociale est dans ce sens un investissement pour un développement équitable et inclusif, pour permettre à chacune et chacun de vivre dans la dignité.

Il ne faut donc pas attendre d’atteindre la croissance économique ou une hausse des revenus pour investir dans un système de protection sociale. C’est d’ailleurs le choix que de nombreux pays dans le monde ont fait. Même si le manque de capacités ou de volonté politique peut empêcher d’arriver au système le plus adapté.

C’est pourquoi, la coopération internationale doit contribuer davantage au renforcement de la protection sociale. Il s’agit là d’une dimension essentielle de toute coopération au développement moderne.

Des initiatives belges

Nous pouvons d’ailleurs nous réjouir que la Belgique ait contribué au lancement en septembre du Partenariat mondial pour la protection sociale, en collaboration avec l’OIT et la Banque mondiale. Entre temps, dans les coulisses, et en concertation avec la société civile, une position belge a été développée pour améliorer la contribution de notre pays au renforcement de la protection sociale mondiale. Il existe déjà par ailleurs un accord de collaboration entre l’agence technique de la coopération belge et Service public fédéral pour la Protection sociale. Mais les bonnes intentions ne sont évidemment pas suffisantes.

Le 24 janvier, une coalition de 20 organisations représentant les ONG, les syndicats et les mutuelles, a donc décidé d’aller rendre visite au ministre de la Coopération, Alexander De Croo. Cette coalition entend ainsi également clôturer deux années de campagne, durant laquelle 60 organisation de la société civile ont signé le Manifeste pour la protection sociale et plus de 82.000 personnes ont marqué leur soutien, pour rappeler au ministre qu’au-delà des déclarations d’intention et de la rédaction de stratégies, la mise en pratique doit suivre. La protection sociale doit en effet être intégrée de façons systématique et durable dans la coopération internationale belge.

Signataires :

Bogdan Vanden Berghe – Directeur Général 11.11.11
Arnaud Zacharie – Secrétaire général CNCD-11.11
Jean-François Tamellini – Secrétaire fédéral FGTB
Marc Becker, Secrétaire national ACV/CSC
Sabine Slegers, National Secretaris ACLVB-CGSLB
Tom Joos, secrétaire national Alliance des Mutualités Chrétiennes
Rik Thys, Stafmedewerker studiedienst Socialistische Mutualiteit
André Kiekens, secrétaire général Solidarité Mondiale
Véronique WEMAERE, Directrice Solidarité Socialiste
Annuschka Vandewalle, Secrétaire générale FOS-socialistische solidariteit
Wim De Ceuckelaire - directeur M3M

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