Mauritanie : signature du protocole de l'OIT contre le travail force !

Mauritanie : signature du protocole de l’OIT contre le travail force !

24 mars 2016

En septembre 2015, nous vous appelions à mener avec nous une action dans la lutte contre le travail forcé en Mauritanie, ensemble avec la CSC et notre partenaire syndical mauritanien, la CLTM. Depuis, les autorités mauritaniennes viennent de ratifier le protocole de l’OIT contre le travail forcé. Les actions de la CLTM ont donc porté leurs fruits ! C’est une lueur d’espoir pour plus 300.000 personnes touchées par l’esclavage dans le pays. Merci à vous qui avez répondu à notre appel au soutien !

Action internationale contre le trafic de femmes travailleuses

En septembre 2015, le syndicat CLTM tirait la sonnette d’alarme internationale pour défendre la cause des femmes victimes des filières de travail forcé vers l’Arabie Saoudite (voir notre article précédent). Certaines d’entre elles étaient détenues en prison loin de chez elles. Le retour de ces femmes n’a été possible que grâce aux contacts de CLTM avec le bureau de la CSI situé en Jordanie et à une mobilisation des mauritaniens installés en Arabie Saoudite. (photo © CSI)

A ce moment-là, avec la CLTM, Solidarité Mondiale, la CSC et la CSI se sont adressées officiellement au gouvernement mauritanien pour exiger un démantèlement des réseaux de travail forcé, une indemnisation de ces victimes et une réelle coopération pour la libération et le retour des filles toujours dans les mêmes situations en Arabie Saoudite. (voir notre article de septembre 2015)

300.000 esclaves en Mauritanie

A côté des femmes victimes des filières vers le Moyen Orient, ce sont près de 300.000 personnes qui travaillent en Mauritanie même dans des conditions d’esclavage. D’après Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI, « Les Mauritaniens en situation d’esclavage sont totalement à la merci de leurs maîtres, pour garder les animaux, travailler dans les champs ou s’occuper des tâches domestiques. Les femmes et les filles sont souvent exposées aux mauvais traitements et aux agressions sexuelles. Le gouvernement doit enfin rompre le cycle de la servitude, qui passe de la mère à l’enfant ». Bien que le gouvernement ait assuré que l’esclavage n’existait plus, les organisations locales de lutte contre l’esclavage, largement soutenues par les syndicats du pays, affirment que cette pratique est toujours répandue et que les personnes qui ont été libérées de l’esclavage restent tout de même en butte à la stigmatisation, à la discrimination et à l’exploitation.

La pression internationale donne des résultats

Sous la pression internationale, le ministre du travail mauritanien a pris des mesures déjà importantes pour lutter contre cet esclavage. Dernièrement, le protocole de l’OIT contre le travail forcé vient d’être ratifié, par lequel le gouvernement mauritanien s’engage à prendre des mesures. La Mauritanie rejoint ainsi le Niger, la Norvège et le Royaume-Uni parmi les pays qui ont déjà ratifié le protocole de 2014, lequel est une mise à jour de la Convention n°29 de l’OIT sur le travail forcé.

Par ailleurs, plus tôt, quatre « bureaux » impliqués dans le trafic de main d’œuvre avaient été fermés au Moyen-Orient. Une révision du programme pour les travailleurs migrants a été promise. Cela étant, les demandes de réparation des victimes n’ont pas été prises en compte et les militants qui dénoncent l’esclavage sont toujours en prison. Il reste donc de la matière pour mobiliser les syndicats.

Le travail forcé, un enjeu mondial

Selon les estimations, le nombre de travailleurs pris au piège de l’esclavage moderne n’a cessé de croître ces dernières décennies et atteint aujourd’hui le chiffre inquiétant de 21 à 36 millions de personnes.

L’esclavage moderne est partout : des plantations de coton d’Ouzbékistan au travail domestique en Mauritanie et aux exploitations bovines du Paraguay, en passant par le secteur de la pêche aux Philippines et les chantiers pour la Coupe du monde au Qatar. Les chaînes de production des vêtements que vous portez, les aliments que vous mangez, les matches de la Coupe du monde que vous regardez à la télévision, tous cachent une triste réalité pour des millions de travailleuses et de travailleurs.
En 2014, des gouvernements ont adopté un nouveau traité mondial visant à mettre fin à l’esclavage moderne. Le protocole propose un cadre pour éradiquer effectivement le travail forcé, y compris la traite des êtres humains et les pratiques s’apparentant à de l’esclavage, grâce à une série de mesures de prévention, de protection et d’indemnisation.

Nous pouvons agir ! La CSI a lancé une campagne internationale contre le travail forcé : exigez de votre ministre du Travail qu’il ratifie le protocole maintenant !

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