Rencontres avec le syndicat des boulangers à Sao Paulo

22 janvier 2016

Depuis quand le métier de boulanger existe-t-il ?


«  Savez-vous que la profession de boulanger était déjà connue au temps de Jésus Christ ? En effet, pour rompre le pain et le distribuer, il fallait bien qu’il existe des boulangers pour le faire ! » C’est avec ces quelques paroles humoristiques que le président du syndicat des boulangers de l’UGT nous a accueillis chaleureusement ce mardi. Chiquinho, entouré d’une délégation d’une dizaine de représentants syndicaux des boulangers, nous explique avec sérénité, les défis syndicaux et sociétaux qui mobilisent leur secteur aujourd’hui. D’abord, le relèvement du niveau d’instruction des travailleurs du secteur comme projet de développement personnel mais aussi politique. La grande majorité des boulangers de Sao Paulo sont originaires du Nordeste, la partie la plus pauvre du Brésil. Des dizaines d’assemblées ont ainsi été consacrées à convaincre les travailleurs de reprendre le chemin de l’école. Au sein même du syndicat, un centre de formation qui vise à la fois une amélioration du niveau d’éducation, la conscientisation politique des travailleurs et leur formation professionnelle est en train de se mettre en place. « Reste la lutte pour la garantie de la qualité des services » poursuit-il avec vigueur.

Un autre défi est celui relatif au temps de travail des professionnels du pain et de la pâtisserie avec notamment la volonté de ne pas travailler le dimanche. Mais la société « paulista » n’est pas encore prête pour de tels changements. Pourtant, le secteur en a besoin, notamment pour attirer les jeunes dans la profession.

Dans une deuxième partie de son discours, Chiquinho évoque les conquêtes et avancées syndicales dans son secteur, notamment la mise en place d’un service de santé à destination de leurs affiliés et la norme 12, qui réglemente la sécurité des machines et des équipements négociée par les représentants des patrons, syndicats et gouvernement améliorant ainsi fortement la sécurité des travailleurs.
« Notre expérience, dit- il pour conclure, nous montre que c’est difficile de changer les mentalités, mais nous devons nous battre pour défendre notre vision d’une société juste et égalitaire car c’est une vraie nécessité !  »

La visite de la boulangerie


Côte à côte, le dirigeant syndical des boulangers de Sao Paulo et le patron de la boulangerie Cetam nous font visiter avec fierté les lieux de leur « réussite » respective. L’un satisfait d’avoir pu assurer le bien-être et la sécurité des travailleurs, l’autre d’avoir atteint le succès commercial de son entreprise notamment par la création de sa propre marque ‘Village’ et par les contrats passés avec de grandes enseignes telles que Nestlé, Carrefour, Makro. Ces contrats assurent une grande partie du chiffre d’affaire mais obligent également l’entreprise à améliorer ses conditions de travail, au niveau hygiène notamment.

La boulangerie s’étend sur quatre entités différentes (restaurant/magasin ; boulangerie ; entrepôt ; chocolaterie) et emploie 1500 travailleurs en grande partie engagés de manière fixe. "L’image de cette apparente complicité a été acquise au cours d’une longue histoire", explique Chiquinho. Mais la relation patronale a aussi été émaillée de moments très difficiles, de négociations extrêmement dures. Chiquinho frappe les deux poings l’un contre l’autre pour nous en convaincre. Plus loin, dans la salle de pétrissage, nous avons pu observer la concrétisation de la norme 12 : une grille de protection est dorénavant posée au-dessus des pétrins, évitant ainsi aux travailleurs de se couper les doigts, un accident fréquent par le passé. La prochaine mesure que les syndicats espèrent mettre en place est l’acquisition d’ordinateurs pour les travailleurs au sein de la boulangerie. Le début du rêve de Chiquinho : une vraie amélioration de la formation des travailleurs au sein même de leur lieu de travail.

Article rédigé par "l’équipe de nuit" : Stéphanie, Zoé, Ingrid, Elodie, Etienne et Antoinette

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