Retour sur le Forum Politique de haut niveau à New-York : ODD 2030

Retour sur le Forum Politique de haut niveau à New-York : ODD 2030

14 septembre 2017

Notre Secrétaire Politique, Bart Verstraeten, parti à New-York en juillet dernier pour participer à la Conférence des Nations Unies de haut niveau, nous explique, dans une interview réalisée par Donatienne Coppieters, les enjeux de ces Objectifs pour le Développement Durable (ODD), quels furent nos apports sur le Travail Décent et le Protection Sociale et les engagements de la Belgique à leur encontre.

EXIT LES OMD, BIENVENUES LES ODD

En 2000, la Communauté internationale réunie au sein des Nations Unies a adopté les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Concrètement, huit objectifs devaient être réalisés pour diminuer la pauvreté dans les pays en développement à l’horizon 2015. Depuis 2016, les États du monde entier se sont engagés dans les Objectifs de Développement Durable (ODD) à réaliser d’ici 2030 : Perspectives 2030

Pour les Objectifs du Développement Durable, la Belgique doit se montrer plus ambitieuse ! La CSC, la Mutualité Chrétienne et Solidarité Mondiale ont rédigé un rapport commun sur les engagements internationaux de la Belgique en faveur du travail décent, de la protection sociale et de la santé, dans le cadre des Objectifs du Développement Durable lors de ce Forum politique de haut niveau pour le développement durable des Nations Unies à New-York.

SOUS L’ANGLE DE VUE DE BART VERSTRAETEN

Quel bilan fais-tu des Objectifs du Millénaire pour le Développement ?

Avec les OMD, pour la première fois, la Communauté Internationale s’est ralliée derrière huit objectifs à mettre en œuvre pour faire avancer le développement dans les pays en développement. C’était un cadre énorme où les pays industrialisés s’engageaient à leur venir en appui pour qu’ils puissent réaliser des objectifs tels qu’éliminer l’extrême pauvreté et la faim, assurer l’éducation primaire pour tous, promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, réduire de deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans….

Le bilan est, au final, mitigé. Il y a eu des avancées, certes. Par exemple, selon les statistiques des NU, plus d’un milliard de personnes ont échappé à l’extrême pauvreté depuis 1990 entre autres grâce aux pays émergents tels que le Brésil, la Chine et d’autres qui ont fait d’énormes progrès. Mais plus de 800 millions de personnes continuent de vivre dans l’extrême pauvreté.

Ce qui est sûr, c’est que le cadre des OMD a été soutenant. Ses objectifs ont servi de points de repère et d’orientation pour la communauté internationale. Mais ce qui est flagrant, c’est qu’en même temps, les inégalités se sont creusées partout dans le monde, à l’intérieur des pays et entre les pays. Et les multiples crises depuis 2008 n’ont qu’aggravé ces inégalités.

Quelle sont les différences entre les OMD et les ODD ?

En 2012-2013, les Nations unies (NU) ont réfléchi à la suite des OMD qui prenaient fin en 2015. Elles ont finalement adopté un nouveau cadre plus intéressant que les OMD avec 17 objectifs (ODD), mais surtout trois nouveaux grands principes qu’on ne trouvait pas dans les OMD.

  • Le premier principe est l’universalité. Les ODD engagent tous les États membres des Nations unies : 193 pays doivent les mettre en œuvre sur les cinq continents. Nous sommes désormais tous unis dans la même lutte.
  • Le 2ème principe est l’indivisibilité des trois piliers du développement durable : le social, l’économie et l’environnement doivent avancer en même temps. Les objectifs liés à la protection de l’environnement sont beaucoup plus présents que dans les OMD. Avant, le développement durable était surtout du ressort des conférences climat.
  • Le 3ème principe est la nécessité de s’attaquer aux inégalités sociales, aux causes structurelles de la pauvreté. Pour ce faire, les ODD reconnaissent qu’il faut travailler sur la protection sociale , le travail décent , les politiques fiscales , la justice salariale , etc.

Quels sont les acteurs impliqués dans la réalisation des ODD ?

Ce sont les États en partenariat avec la société civile, le monde académique et le secteur privé. Tout le monde est partie prenante et devrait œuvrer ensemble pour la réussite des ODD. Pour nous, ce nouveau cadre est mobilisant et permet de continuer la réflexion sur et la mise en œuvre des voies alternatives. En même temps, notre responsabilité est d’interpeller notre gouvernement par rapport à ce qu’il fait ou pas.

Y a-t-il un processus d’évaluation ?

Oui, et c’est une nouveauté aussi. Chaque pays est invité, de manière volontaire, à produire et présenter trois rapports d’ici 2030. C’est une manière d’évaluer les progrès et de rendre des comptes aux autres pays tout en échangeant de bonnes pratiques. Depuis 2016, chaque année en juillet à New-York, au siège des Nations unies, les États présentent leur rapport lors d’un forum politique de haut niveau. Les autres pays peuvent interpeller, poser des questions, faire des suggestions… Les agences des Nations unies également ainsi que, dans une moindre mesure, les « major groups », soit la société civile répartie dans différents groupes : femmes et enfants, travailleurs et syndicats...

La Belgique a décidé de présenter son premier rapport en juillet dernier, raison pour laquelle je me suis rendu à New-York comme représentant de la CSC, de Solidarité mondiale et de la Mutualité chrétienne.

Comment évalues-tu le rapport belge ?

Ce qui est positif, c’est que les Régions, les Communautés et le gouvernement fédéral ont apporté leur contribution à cet exercice. En plus, pour chaque ODD le rapport parle des actions entreprises au niveau national et international.

Mais nous n’avons pas été impliqués de manière structurelle à la rédaction de ce rapport. La société civile n’a été consultée que sur les drafts. De plus, ce n’est pas un rapport de mise en œuvre mais un état des lieux de ce qu’on fait aujourd’hui. Or, il est important de déterminer ensemble le niveau d’ambition de notre pays par rapport à ce cadre : nous devrions concrétiser les objectifs de ce cadre à l’horizon 2030, fixer des objectifs intermédiaires, définir les stratégies pour y parvenir et déterminer le rôle de chacun des acteurs.

En novembre est prévue une conférence interministérielle du développement durable. Ça pourrait être l’occasion de rassembler les différents acteurs pour s’interroger sur la suite de New York et pour débattre des ambitions et des stratégies. Cela veut dire qu’on devra discuter ensemble et trouver des compromis.

Quelles ont été les réactions des autres États et de la société civile ?

Il y a eu très peu de réactions. Les États membres qui sont intervenus ont salué la sincérité du ministre qui reconnaissait aussi qu’il y a, à part les progrès déjà réalisés, encore pleins de défis à relever.

Notre ministre de la Coopération au développement, Alexandre De Croo, disposait de 15 minutes pour présenter le rapport officiel belge. Il a fait un geste et en a donné deux à la société civile. C’est Anne-Sophie Dubrux du Conseil de la jeunesse qui a présenté une position commune aux associations belges représentées : le CNCD-11.11.11, la CSC, la Mutualité chrétienne, Solidarité mondiale, la CGSLB, les deux conseils de la jeunesse et The Shift. Nous avons demandé un mécanisme de suivi et de financement adéquat tout en soulignant que, comme société civile, nous voulons nous impliquer activement dans la réalisation des ODD.

Qu’est-ce que la CSC, la Mutualité chrétienne et Solidarité mondiale proposent pour réaliser ces ODD ?

Chacune des organisations a mis en avant des propositions qui sont cohérentes avec son expertise. Pour Solidarité mondiale, la Belgique doit davantage offrir son appui en matière de protection sociale à la communauté internationale (ODD 1). Pour la Mutualité chrétienne, la couverture santé universelle doit être une des priorités de la coopération au développement (ODD3). Pour la CSC, la Belgique doit assurer une promotion active du dialogue social afin de réaliser l’agenda du travail décent pour s’affranchir de la pauvreté (ODD8).

En préparation du Forum politique de haut niveau, nous avons réalisé un dossier commun aux trois organisations pour expliquer ce qu’on attend du gouvernement. Sur 17 objectifs, nous avons retenu ceux sur lesquels nous avons une expertise, soit huit.

Dans la brochure, nous mettons en avant nos revendications en lien avec ces objectifs et le pourquoi. Nous insistons pour que la Belgique mette l’agenda du travail décent de l’Organisation internationale du travail (OIT) au cœur de sa politique internationale parce que le travail décent est la meilleure garantie pour s’affranchir de la pauvreté !
Ce qui est intéressant, c’est que la Belgique doit rendre des comptes de ses politiques nationales et de ses politiques internationales et doit assurer une cohérence de ses politiques de développement.

Et la suite ?

Nous avons fait cet exercice car ce nouveau cadre des ODD va orienter beaucoup de choses. Nous allons continuer à faire le monitoring de ce que notre gouvernement fera ou pas pour sa pleine mise en œuvre, sur base de notre dossier. En même temps, nous devons réfléchir à ce qu’on peut faire comme organisation sociale pour atteindre ces objectifs. Finalement, on va aussi débattre de cela avec nos partenaires dans les trois continents, qui peuvent facilement inscrire leur travail dans ce cadre et donc interpeller leurs gouvernements également.

Notre gouvernement a aussi décidé de présenter son 2ème rapport en 2020. Nous devons nous y préparer avec la société civile belge. Idéalement, nous devrions réaliser un dossier commun à toute la société civile qui propose des solutions pour mettre en œuvre les 17 objectifs. Cet exercice nous voudrions le faire avec la coalition et donc tous les acteurs de la Plateforme 2030. C’est l’union qui fait la force, n’est-ce pas ?

Interview : Donatienne Coppieters

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