Retour sur le forum global de l'économie sociale

Retour sur le forum global de l’économie sociale

24 novembre 2016

Avec la présence d’environ 1.500 participants provenant de 63 pays, d’une trentaine de maires de tous les continents, la troisième édition du Forum Global de l’Économie Sociale a eu lieu dans la ville de Montréal au Canada pendant 3 jours. Didier Petre, notre coopérant en Amérique du Sud, a participé à ce forum. L’occasion de riches échanges et de réfléchir à l’approfondissement de cette approche avec notre réseau des partenaires.

Montréal, Canada, 07-09.09.2016.

La thématique transversale de ce forum était la collaboration entre l’économie sociale et les villes. Il convient de rappeler que les villes sont responsables, au niveau mondial, de près de 60% des frais publics. Aussi, ont-elles potentiellement un rôle significatif dans la lutte contre les injustices sociales.

Au cours de ces jours, de nombreux ateliers et exposés ont été organisés, touchant des sujets en rapport avec la définition et la quantification de l’Économie sociale, les services locaux et sociaux tout comme le mutualisme, la commercialisation, la création de courts circuits et les principes de l’économie circulaire, la consommation consciente, les systèmes éducatifs coopératifs, l’inclusion sociale et la prise en compte de l’économie informelle, les relations Ecosol - villes et les éléments légaux qui accompagnent ce processus, initiatives Ecosol de transport, de logement et d’alimentation, de monnaies locales, les ressources naturelles et la protection de l’environnement, Ecosol et la promotion de la culture, la participation des femmes et les jeunes au sein d’Ecosol. Cette diversité de sujets concrétisée dans de nombreuses initiatives dans bon nombre de pays démontre que l’Ecosol se présente chaque fois plus comme une alternative réelle, pluridisciplinaire, capable de répondre aux nécessités des peuples, dans des matières économique, sociale et politique.

Tout au long des sessions plénières, des discours de dirigeants de l’Ecosol au niveau mondial, des ateliers et des discussions informelles, plusieurs points principaux ont été aussi mentionnés :

1. En étant au service des personnes et de la collectivité et non du capital, en promouvant des prises de décisions internes démocratiques et le travail digne, en prévoyant la distribution des excédents éventuels pour le bien-être de la communauté, en favorisant une approche locale des services et des produits, l’Ecosol se distingue nettement de l’économie de libre marché. Ses liens avec la justice sociale et la protection de l’environnement sont encore d’autres caractéristiques ; en plus quelques dirigeants ont mentionné un critère additionnel qui distingue l’ECOSOL : sa promotion de la paix.

Malgré ces critères communément acceptés, il reste encore un certain débat sur la définition de l’Ecosol, sur ce qu’elle-ci comprend et ne comprend pas. Toutefois, plusieurs acteurs ont indiqué l’urgence actuelle de définir définitivement l’Ecosol. Le risque chaque fois plus proche est de voir comment les multinationales commencent « à s’approprier sémantiquement » de l’Ecosol, et du « social », en fonction de leurs intérêts, tout comme il s’est déjà produit avec les produits éco-biologiques. On observe déjà l’apparition de termes comme « économie collaborative » ou « participative » dans les médias de masse. L’importance de créer un label ou une certification spécifique et contrôlée pour l’Ecosol reste un point ouvert qui n’a pas été débattue en détail pendant le Forum.

2. Le lien entre l’Ecosol et la création de travail digne a été reconfirmé, comme l’a confirmé Robert Di Meglio, en représentation de l’OIT au forum. Beaucoup de dirigeants ont aussi réaffirmé clairement la relation entre l’Ecosol et la protection de l’environnement, l’agro-écologie. Certains participants ont mentionné l’Ecosol comme un possible moyen d’intégrer les migrants.

3. Dans une réunion à laquelle ont participé environ 20 organisations nationales d’Économie Solidaire provenant de l’Amérique latine, et dans plusieurs ateliers du forum, on a confirmé l’importance d’effectuer une cartographie des actions ou des institutions qui portent des actions concrètes d’Économie Sociale et Solidaire sur le continent. Cette demande permettrait de rendre l’Ecosol plus visible, de renforcer la connaissance interne mutuelle et de favoriser des échanges d’expériences, de mieux préparer le plaidoyer politique pour la promotion de l’Ecosol et de cadres juridiques nationaux plus favorables. Cette cartographie est considérée alors comme une nécessité au niveau continental ; et RIPESS LAC a inséré cette inquiétude dans les actions de son prochain programme 2017-2021.

4. Certains débats au cours des ateliers ont souligné qu’on ne peut pas quantifier l’Ecosol avec le même vocabulaire ni les mêmes outils que pour l’économie classique. Prenons l’exemple de l’économie des soins, le suivi et l’éducation des enfants à domicile - des activités qui sont encore majoritairement à charge des femmes : comment quantifier ce travail ? Comment valoriser le temps consacré à promouvoir la vie ?

5. En dépit du fait que le continent latino-americain souvent a été considéré comme un incubateur d’expériences de l’Ecosol, nous constatons que - en dehors du RIPESS- très peu de dirigeants latino-américains ont pris la parole, et parmi les 30 maires de plusieurs continents présents, nous n’avons remarqué aucun maire latino-américain…

6. On constate que l’Économie Sociale et Solidaire n’est mentionnée dans aucun des 17 objectifs de Développement Durable (ODD) d’ici 2030 des Nations Unies. Face à cette observation, plusieurs agences des Nations Unies ont décidé en 2013 de unir les forces et de créer un Groupe de Travail sur l’Économie Sociale (www.unsse.org). Cette initiative compte avec la présence de plusieurs observateurs, comme par exemple le RIPESS. L’économie sociale et solidaire, se proposant comme une alternative au modèle économique dominant, présente beaucoup de facettes ; ce n’est donc pas un « secteur », mais plutôt un mode opératoire en mesure de répondre pratiquement à tous les objectifs de développement durable. Avec d’autres initiatives, ce Groupe de Travail espère que l’Ecosol et ses acteurs puissent être reconnus plus directement pour la réalisation de presque tous les objectifs fixés :

  • ODD 1, 10 et 16 : lutte contre la pauvreté, inégalités réduites, sociétés pacifiques et incluses.
  • ODD 2 : sécurité alimentaire, agriculture durable.
  • ODD 3 et 4 : santé, bien-être à tous les âges, enseignement et formation continue.
  • ODD 5 : égalité de genre.
  • ODD 8 et 9 : emploi et travail digne, infrastructures, croissance incluse.
  • ODD 11 et 6 : qualité de vie, villes, accès et approvisionnement en eau.
  • ODD 14 et 15 : protection et utilisation durable des écosystèmes, des forêts et des océans.
  • ODD 7, 12, 13 : énergie, production et consommation durable, changement climatique.
  • ODD 17 : partenariat mondial pour le développement durable.

Le Forum a été conclu en signant un accord constitutif du C.I.T.I.E.S., le Centre international de Transfert d’Innovations et de Connaissances en Économie sociale et solidaire, qui rassemble des gouvernements locaux, des réseaux d’économie sociale, des institutions d’enseignement supérieure et des organisations internationales. Son objectif est d’être organisé comme un réseau de transfert international de connaissances dans ce domaine.

Le prochain rendez-vous du Forum Global Ecosol sera en 2018, à Bilbao - Espagne ; la thématique est encore à définir. On a pu constater lors du forum qu’il existe un accord pour considérer l’Ecosol comme un « antidote » face à l’économie néo-libérale. Maintenant il dépend des acteurs, entre autres les organisations du programme et WSM, de continuer à profiler l’Ecosol comme une alternative réelle au service des nécessités concrètes des travailleurs et travailleuses. Le plaidoyer politique reste encore fondamental, depuis les niveaux les plus locaux jusqu’au niveau international.

Didier Petre

En savoir plus : www.gsef.org

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