Togo : la société civile solidaire avec les employés de Wacem

Togo : la société civile solidaire avec les employés de Wacem

25 janvier 2016

Au Togo, les travailleurs des usines WACEM, FORTIA et PAPER BAGS travaillent depuis des années dans des conditions inhumaines. En juin 2015, 6 ouvriers y ont perdu la vie. Fin de l’année 2015, les travailleurs ont observé plus de 2 mois de grève pour exiger l’amélioration de leurs conditions. L’ONG SADD, partenaire de Solidarité Mondiale au Togo, a lancé alors un appel à la solidarité nationale et internationale. Avec succès, car début janvier, un important accord a été signé avec les employeurs, avec l’appui du gouvernement. Solidarité Mondiale et la CSC ont envoyé le 22 janvier une lettre au ministre du Travail pour lui demander de suivre la situation de près.

Cela fait une vingtaine d’années que les droits des travailleurs de WACEM,Fortia et Paper Bags sont mis à rude épreuve. Les conditions de vie et de travail des employés de ces usines de cimenterie, installées à Tabligbo (environ 80 km de Lomé), sont exécrables : absence de protection sociale, de contrat en bonne et due forme, longues heures de travail avec un salaire avorton en dessous du SMIG, la santé et la sécurité n’étant pas garanties, etc. Face à l’arbitraire et aux chantages de l’employeur, et dans la logique de renverser cette situation qui perdure depuis des années, 1 148 travailleurs de Wacem, Fortia et Paper Bags, ont opté pour la cessation pure et simple du travail. Et ce, pendant plus de deux mois.

Du 28 au 29 novembre derniers, l’ONG Solidarité et action pour un développement durable (SADD), dans sa mission de défense des droits des ouvriers, a fait une descente dans la ville de Tabligbo, pour constater les difficultés qu’endurent les ouvriers de ces usines précitées.

Au cours d’une conférence de presse, les responsables de cette ONG ont exposé aux médias leurs constats sur le terrain. Selon les responsables de Sadd, à Wacem, la violation des droits des ouvriers est érigée en règle. Mise à part la surexploitation des ouvriers, leur dignité humaine est aussi bafouée par leurs employeurs.

« Ces travailleurs croupissent dans une misère imméritée, parce que leurs salaires ne tombent pas pour avoir revendiqué l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie. Face à cette situation qui perdure non seulement les deux mois, mais depuis presque vingt ans, nous nous trouvons dans l’obligation d’appeler tout le peuple togolais, les organisations de défense des droits de l’Homme, les syndicats, les associations, les hommes de bonne volonté épris de paix et de justice à se mobiliser pour aller à la rencontre de ces travailleurs  », a déclaré Yves Dossou, Coordonnateur de Sadd.

Selon le responsable de l’ONG, cette solidarité se fonde sur le fait que des investisseurs étrangers exploitent les ressources naturelles du sol togolais en privant les natifs du pays de leurs propres moyens de subsistance en violation du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels : « Voilà pourquoi il faut se mobiliser dans un premier temps aux côtés de ces travailleurs et ensuite on verra s’il faut une mobilisation sociale nationale sur la manière dont nos richesses sont gérées  », a poursuivit M. Dossou.


Les trois associations ont convié toute la population à manifester sur la place de l’indépendance à Tabligbo. « Un bol de riz, un bol de maïs, un petit chèque, des bidons d’huile, de l’argent en espèce pour permettre à ces travailleurs de pouvoir partager quelque chose avec leurs familles en cette fin d’année », a sollicité le Coordonnateur de Sadd.

Il a insisté sur la nécessité d’aider les travailleurs de Wacem. « Pourquoi il faut le faire ? Les travailleurs ont pris sur eux la responsabilité de relever le défi du Togo à disposer librement de ses richesses, de ses ressources naturelles sans préjudice qui découle des accords de coopération économique internationale fondés sur le droit international et sur l’intérêt mutuel. La détermination et l’engagement de ces travailleurs illustrent bien leur contribution à aider le Togo à relever le défi du travail décent. Nous sommes donc venus leur apporter notre soutien avec notre modeste contribution afin qu’ils puisent partager quelque chose avec leur famille en ces périodes de fêtes de fin d’année ».

Et de tancer les employeurs de Wacem. «  Ces employeurs piétinent les droits fondamentaux de nos concitoyens qui s’usent à la faveur de la vigueur de leurs bras, leur vitalité et énergie au travail, à la sueur de leurs fronts, au gré de leur sang versé tout au long de l’histoire. Les travailleurs de Wacem, Fortia et Paper bags ont payé de leur vie dans des conditions peu élucidées pour générer des centaines voire des milliers de milliards de francs pour assouvir les désirs des insatiables investisseurs sans foi ni loi  ».

« Aider le Togo à pouvoir jouir de ses moyens de subsistance sans que personne ne les privent. Mais aujourd’hui, on constate que des Togolais sont privés de leurs propres moyens de subsistance. C’est pour ça que nous lançons cet appel », justifie Yves Dossou.

Un accord sur la table

Après 6 mois de discussion et de protestations syndicales, un accord a finalement été conclu entre les représentants des travailleurs de WACEM et la direction, avec une médiation du Ministère du Travail du Togo. Tous les travailleurs ont donc repris le travail. L’employeur a promis aux 900 travailleurs en sous-traitance qu’ils bénéficieraient des mêmes droits que les autres, et de les affilier donc à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) afin qu’ils bénéficient d’une protection sociale minimale.

L’employeur prévoit également une assurance maladie à son compte couvrant 90% des frais encourus dans un hôpital spécifique de la zone. Il s’est engagé enfin à relever tous les salaires au niveau de ceux inscrits dans la convention collective de la zone franche. Enfin, l’accord contient aussi des éléments importants sur la sécurité et la santé au travail (création d’un comité pour la santé et la sécurité au travail avec des représentants de la délégation syndicale, un médecin du travail chargé d’évaluer la situation tous les 3 mois, …)

Togo - Lettre CSC_WSM sur la situation des travailleurs WACEM

La lettre envoyée par la CSC et Solidarité Mondiale ce 22 janvier appelle le ministre togolais du travail à suivre cet accord de près, car le travail n’est pas terminé. 160 travailleurs licenciés abusivement en 2013 n’ont toujours pas été remis au travail.

Il reste donc encore du pain sur la planche… Nous suivrons cela de près, avec SADD !

Sources :

http://www.lomeinfos.com/2015/12/greve-a-wacem-apres-70-jours-les-travailleurs-decides-a-aller-jusquau-bout/

http://www.lomeinfos.com/2015/12/yves-dossou-il-faut-que-wacem-cesse-de-nourrir-notre-gouvernement/

http://afreepress.info/index.php/world/technology/item/4151-situation-des-employ%C3%A9s-%C3%A0-wacem-l%E2%80%99ong-sadd-appelle-faure-gnassingb%C3%A9-%C3%A0-intervenir

http://www.bellaafrica.net/westafrica/togo/2-mois-de-greve-a-wacem-journee-de-solidarite-demain-en-faveur-des-travailleurs-de-la-societe/

Ce qui se passe dans ce pays